Une soirée [Kagura]

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Cela fait quelques mois désormais que nous nous sommes installés à Kiri Nobuo et moi. Jamais je n’aurais cru que guider Kagura nous mènerait ici. De la même façon, jamais je n’aurais pensé m’arrêter aussi longtemps dans un village caché. Ma blessure m’a quelque peu forcé à rester à Kiri. Comme tout le monde j’ai eu vent des rumeurs concernant cette citée. Toutefois, malgré tout ce que j’avais pu entendre à l’égard du village, à aucun moment je n’avais songé à y mettre les pieds. Jusqu’à présent, ma situation de mercenaire me convenait.
Les choses ont cependant changés il y a peu.

La guerre est terminée depuis près de dix ans maintenant et Nobuo a grandi. Le Kitase deuxième du nom doit apprendre à vivre sans moi, à faire ses preuves en somme. En outre, l’ordre s’instaure peu à peu dans le monde. Des villages émergent et il serait bon pour mon frère comme pour moi de nous installer quelque part. Notre nom était autrefois prestigieux lorsque nous vivions à Yuki no Kuni et j’ai bien l’intention de redorer notre blason. Pour ce faire, le mieux est d’intégrer une formation puissante et de se saisir d’une place importante au sein de cette dernière. Kiri me paraît être un village prometteur. Ce que mes ancêtres ont bâti au Pays des Neiges n’est plus, c’est un fait. Mais il ne sert à rien de ressasser le passé. D’autant que rien ni personne ne nous empêche de repartir de zéro.

C’est donc dans le but de m’intégrer au village convenablement que je rejoins les forces de la brume. Les autorités compétentes – disparates mais conciliantes – acceptent ma venue malgré mon passé de mercenaire. J’enchaîne alors les missions et travaux d’utilité publique afin de prouver ma bonne foi. Peu à peu, mon statut au sein de la brume évolue. Mes pairs reconnaissent mes talents et je peux alors commencer à souffler. Je suis « Jonin ». Ce titre n’a pas beaucoup de sens à mes oreilles mais on raconte qu’il s’agit d’un grade important. Grace à lui, je peux circuler librement et profiter de nombreux avantages.

***

Trois jours sont passés depuis ma promotion au titre de « haut gradé ». Des « amis » ont jugé bon de m’emmener boire un verre afin de fêter cela. Ainsi, nous rejoignons un café à la mode et prenons place. Les hommes boivent, festoient tandis que mes yeux parcourent la pièce et s’arrêtent sur la voyante. Kagura est ici. Les heures passent et, quand enfin mes camarades se décident à quitter le café, je me lève. Il se fait tard. Je pourrais rentrer chez moi mais ma curiosité me pousse à aborder la jeune femme de quelques années ma cadette.
▬ Bonsoir. Je ne dérange pas j’espère ?
Je me fiche pas mal de la gêner dans son activité à dire vrai. Une question me travaille depuis quelques temps. Il faut à tout prix que je lui la pose.
▬ Dites. Comment vous avez fait ? Ce jour-là ? Il y avait un truc n’est-ce pas ?
J’ai du mal à croire qu’elle ait réellement pu voir mon futur. Cependant, le fait est que sa « prévision » - probablement due à la chance – m’a sauvé la mise.
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Nakasendō Kagura
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Il était beau. Vide. Trop. Triste. Le ciel. Comment cet étendu de temps, cet espèce de Maître de la météorologie amoureux de la bipolarité, pouvait-il bien paraître si sombre un jour, si heureux un autre. Lui aussi, avait-il cette foutue maladie qu'était la dépression ? Tu te le demandais bien, agenouillée devant la statue des Anciens, le cœur cramponné entre la sagesse et l'indifférence. L'on t'avait forgé aux traditions les plus anciennes, non pas pour oublier le présent et ses guerres de territoires qui rongeaient les racines du village caché, mais pour t'enseigner les valeurs pures d'un shinobi. Cinq. Et tu n'en étais qu'à la première. Respect. En donnant un baiser à la froideur du sol vêtu de marbre, tu te prosternas tout en prononçant les quelques versets philosophiques de ta croyance avant de bercer une calice vers tes lèvres afin d'y boire son contenu. Rituel quotidien.

Okuni-Chan était une femme aux traits sévères et à la peau tombante, une véritable charogne en hiver. La grand-mère que personne n'aurait aimé avoir en toute sincérité et, que nul ne pouvait contrer ses ordres et ses sauts d'humeur. Elle remplissait chaque parcelle de la colère, de l'anxiété et du perfectionnisme. Dirigeante de la maison « Fleur Sanglante » où elle recrutait cinq nouvelles apprenties chaque printemps pour un enseignement complet sur ta religion nommée la « Lueur Lunaire », cette femme âgée t'avait choisi pour cible depuis ton arrivée au village et ce n'était pas un plaisir de te voir à ses ordres du matin jusqu'au soir lorsqu'on habitait la ruelle d'en face.

Bien décidée à calmer tes mœurs et ralentir le travail de tes muscles après un renforcement continuel de cette journée, tu décidas de t'enrichir la tête en fréquentant l'un des bars du coin, celui qui te servait un thé vert pêche en promotion, ce même thé qui avait le don de t'apaiser dès que le temps t'était libre à consacrer à ces permissions dites assez maigres. L'avenue était large, fleurie, pavée et éclairée à espaces réguliers par des lampadaires bien en hauteur. Pas de détritus sur la chaussée ni d'ivrognes endormis contre les murs. Les bâtisses étaient taillées de pierre, non de bois vermoulu, et l'agitation policée qui trônait dans les artères du village ne ressemblait en rien à la cohue du quartier des tavernes. Accoutumée d'une tenue adéquate pour sortir, similaire aux robes traditionnelles sévèrement serrées à la taille par un nœud de couleur rouge vif, tu t'entraînas dans ce fameux bar et pris place. On te servait cette boisson chaude qu'aussitôt déjà, un homme à peine mûr t'interrompit ce moment de tranquillité. Regard bref. Encore lui.

J'ai fait ça comme une rose qui dévoile ses pétales en été ou comme une lune qui remplace le soleil pour une nuit. Il n'y avait rien de si étonnant dans mon Art, jeune homme., tu l'ignorais du regard tout en pivotant ta cuillère dans la tasse brûlante.
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À en croire les dires de la sorcière, son œuvre n’avait rien d’anormale. Kagura avait prédit mon futur de la façon la plus naturelle qui soit, sans se forcer, sans chercher à tromper le destin ni même à s’octroyer un droit quasi divin. J’ai du mal à y croire. Pour moi, il y a nécessairement un truc, une astuce. Je ne peux décemment pas croire à son don, quand bien même tout porte à croire qu’elle soit réellement dotée de talents surnaturels. S’il s’avère qu’elle est réellement capable de voir dans le futur alors cette femme est bien plus importante qu’elle n’y paraît.

Ce qui pour elle était commun relevait à mon avis du mystique. La jeune femme avait beau dire le contraire, son don – en supposant qu’il existe – n’avait rien d’anecdotique. Hier, ses talents de voyance m’avaient sauvés la vie. Qui sait ce qu’ils feront demain.

Intrigué, je fixe la voyante de quelques années ma cadette. Un sourire se dessine sur mon visage à l’écoute de ses dires. La Nakasendo m’a appelé « jeune homme ».
▬ Jeune ? Je ne sais pas si c’est un compliment. En tout cas je vais le prendre comme tel.
Il se peut qu’elle se moque de moi, que par le mot « jeune » elle entend « crédule » ou je ne sais trop quoi encore. Mon interlocutrice ne m’adresse pas un regard et fixe longuement sa tasse de thé. J’imagine que je la gène, qu’elle aimerait être seule. Ce n’est pas dans mes habitudes de m’imposer mais je vais faire une exception pour ce soir.
▬ Et cela vous prend souvent ? Votre art, vous le pratiquez consciemment ?
Si la réponse est oui, je veux bien une nouvelle prédiction concernant les membres de mon clan et mon avenir au sein de la brume. Je fais parti des sceptiques certes, mais je reste curieux de nature. En outre, sympathiser avec quelqu’un possédant de tels pouvoirs présente de nombreux avantages. Une femme, visiblement serveuse, s’approche de nous. Je lui fais signe de la main et demande :
▬ La même chose qu’elle.
J’ai déjà bu et mangé mais là encore peu importe. Je ne vais pas faire lui faire la conversation sans rien commander. Par ailleurs cela me fait un prétexte pour lui parler et enchaîner :
▬ Je bois rarement ce genre de mixture à dire vrai. Pourtant ces boissons sont populaires de là où je viens. Il paraît qu’elles ont des propriétés apaisantes.
Allez savoir pourquoi, moi qui suis d’accoutumé si silencieux, j’arrive à tenir la conversation et à ne pas me terrer dans le mutisme.
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Nakasendō Kagura
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Le souffle court, tu balayas la taverne des yeux. Il était pour toi important de demeurer dans un endroit où tu pouvais ne faire face qu'à toi-même. Toi. Et tes songes. Déjà, parce que les cris d'Okuni-chan empestaient chaque recoins de la Maison. Et deuxièmement, parce qu'enfin, le repos était mérité. L'arrivée de Shinichi, à cette table, n'avait rien de festif et, malgré ses efforts quant-à ses prises de paroles récurrentes, ton faciès lui, était inanimé. Lorsqu'il te fit la remarque du mot «jeune», tu entrepris un léger soupire t'obstinant à croire que la stupidité régnait encore dans ce village pourtant si militaire, si discipliné. S'attarder sur une telle futilité, comment pouvait-il ? De toute façon, il dégrada dans ton estime jusqu'à qu'il ne vienne à nouveau entamer un second sujet de discussion, cette fois-ci en rapport avec ton fameux Art. Pourtant, le voyait-il bien que la gaieté ne t'avait pas embrassé en ce soir hivernal.

C'est triste, à quel point un homme peut paraître si curieux alors que dans ses entrailles les plus profondes, il y cache un mesquin secret qui n'assouvit que ses désirs les plus fourbes., et pour la première fois, tu posais tes pupilles dans les siennes. C'était si rare de capter l'attention de celles-ci qu'il devait être honoré.

Suite à cet échange —sonnant comme un défi physique, comme une braise contre une braise—, il commanda un thé vert pêche. Comme par pur hasard, c'était le même nectar qui profilait tes narines en de délicieuses veloutes odorantes. Peut-être avait-il les mêmes goûts que toi. Ou, voulait-il se rendre à l'évidence. Dix-sept heure non-stop de service pour être assise au côté d'un homme borné et cupide. Tu contemplas les clients avachis sur les tables, éructant des obscénités, le nez dans leurs chopes de bière. Combien de semaines, ou de jours, avant qu'un d'entre eux ne décide qu'il était temps d'apprendre la vie à cette jeune serveuse et tente de l'entraîner dans un recoin obscur, l'obligeant à le tuer pour s'en débarrasser ? Les affaires du village caché de la brume renfermaient un coffre de meurtre et d'assassinat, tu pouvais peut-être être l'une des prochaines victimes. Ton agresseur était peut-être juste en face de toi.

Yuki no Kuni ne possèdent de terres assez riches pour pouvoir accueillir ces boissons dans leurs tours de givre, l'exportation rendrait celles-ci bien trop périmées. Tu auras au moins essayé d'être crédible, mais encore une fois, c'est raté., et hop, le prix de ton regard pivota vers d'autres étendues de paysages.
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Fourbe, mes intentions ? Cette femme est peut-être voyante mais une chose est certaine ; Elle n’est pas bonne profileuse. Du reste, Kagura n’a pas tort. Mes questions ne sont en rien innocentes. J’ai dans l’idée de profiter de ses talents. Je nourris en effet de grandes ambitions. De là à affirmer que mes desseins sont sombres … Mon interlocutrice va peut-être un peu vite en besogne. Sa remarque me fait à nouveau esquisser un sourire en coin. Je lève les yeux et nos regards se croisent. S’entame alors une joute entre la kunoichi et moi. Je la fixe avec insistance un bon moment avant de détourner mon regard du sien dans le but de commander une boisson.

La serveuse revient, pose une tasse sur la table tandis que mon interlocutrice m’assomme de reproche. Et bien. Décidément, elle ne s’arrête pas. Loin de vouloir me justifier, je réponds sobrement :
▬ Yuki no Kuni ? Je ne pense pas avoir mentionné ces contrées. Il est vrai que mes ancêtres ont vécus là-bas cependant je n’y ai jamais mis les pieds. Ce n’était donc pas à cette région du monde que je faisais allusion.
Peut-être Nobuo lui a-t-il parlé de nos origines, peut-être s’est-elle renseignée à mon sujet. À moins que ce ne soit son don qui lui ait permis de deviner. Dans tous les cas, j’enchaîne :
▬ Mais j’imagine que vous aurez bien quelque chose à objecter.

J’observe la jeune femme avec un air de défi. Comme pour faire écho à sa précédente déclaration et non sans une certaine malice, j’affirme alors :
▬ En tout cas, il est triste de voir à quel point certaines personnes, celles-là même qui devraient faire preuve de retenue, jugent leurs vis à vis avec hâte.
Pour une voyante, la Nakasendo fait preuve d’une certaine fermeture d’esprit. À moins que ces réflexions ne soient là que pour susciter chez moi une forme de réaction. Ce petit jeu m’amuse. Quand deux monstres d’orgueil se rencontrent, cela fait des étincelles. Comme pour apaiser mon esprit et adoucir l’atmosphère, je tends mon bras en direction de la table et tente de me saisir de la tasse de thé qui me fait face. La kunoichi de la brume a le même réflexe, nos bras s’entremêlent et nos dextres se touchent. La fraction de seconde qui suit, je lève les yeux, sens la main humide de la demoiselle m’échapper et la vois sursauter. A-t-elle eu peur ? A-t-elle été surprise par mon geste ? Difficile à croire. Intrigué, je fronce les sourcils et lance un regard interrogateur à la voyante.
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Nakasendō Kagura
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Que ton Dieu puisse témoigner le calme que tu as hérité de ta mère. L'homme qui demeurait en face de toi avait, lui, hérité d'un orgueil bien exemplaire. Plus tôt dans la soirée, tu t'étais contentée d'éviter le quartier où sévissaient de nombreuses âmes perdues. Ces mêmes âmes qui te charmaient, qui bavaient pour une nuit à tes côtés, ces mêmes âmes d'ailleurs que tu ignorais du regard. Ces prunelles, minées de teintes océaniques, ne se posaient sur quelqu'un que lorsque tu le trouvais intriguant, intéressant ou qu'il t'intimidait. C'était plutôt le cas de Shinichi. Pas qu'il t'intimidait, bien au contraire, tu pensais plutôt que tu avais bien pris le dessus depuis votre rencontre mais... il était intriguant. Et peut-être même intéressant si tu jaugeais son intérêt qu'il avait envers toi, comme si, pour la première fois de ta vie, quelqu'un prenait le mérite de te connaître. Lorsqu'il palpa la pulpe de ses doigts sur ta peau pour récupérer ta boisson, ce fut comme une vision. D'abord. Un flash. Un mérite. Un chapeau. Un ancien ? Ou un renouveau. Des images, en séquences rapides, défilèrent à une vitesse folle, tant bien que ta respiration s'accéléra, tes veines frontales poussèrent et arborèrent une couleur améthyste. Tout ceci en une seule seconde. Le toucher précisait tes visions, amplifiait les images et les sons. Et là, tu savais.

Ehm, lorsqu'on fait preuve de retenue, on n'atteint pas l’exquis du zenith. Moi, vois-tu, je veux changer le Monde. Et en croisant les bras, je ne participe pas à la réalisation de mes rêves. , disais-tu d'un ton accéléré, comme si tu voulais tout faire pour faire divaguer -ou même oublier- ce qu'il venait de se passer.

Tu pouvais peut-être obtenir l'oubli de cette vision. Tu compris très vite que personne, ni les employeurs de la taverne, ni Shinichi ne te considérais comme une victime. Plusieurs de tes alertes spirituelles avaient sauvé des vies. Et même Okuni-chan d'ailleurs, bien que, dans les malices qui trônaient dans les profondeurs de ton être; tu aurais pu lui ôter la vie pour ne plus devoir à astiquer les carreaux de la salle de bain. Depuis ton arrivée au village de la brume, tu avais grandi et, si tu restais longue et fine, tes nouvelles formes suscitaient une attention dont tu te serais volontiers passée. Cette attention se traduisait le plus souvent par des regards pressés et des commentaires grivois que tu avais aucun mal à ignorer mais, avec l'alcool en guise d'appui, tu générais parfois des tentatives de séduction brutale. Ce n'était pas parce que tu étais une religieuse que tu en oubliais les frénésies de la jeunesse. Tu avais donc appris à esquiver les mains avides qui se tendaient sur ton passage lorsque tu circulais entre les tables, et à repousser d'une remarque cinglante les plus audacieux de tes aspirants. Exalter ses plaisirs avec l'une des « Lueur Lunaire » était un défi chez les ivrognes. Elles se contentaient, elles, de faire preuve de chasteté : jusqu'à la fin de leur vie. De ce fait, voilà pourquoi tu évitais les hommes, évitais de te lier avec quiconque, et utilisais tes rares moments de liberté à déambuler dans les rues du village ou, si c'était la nuit, sur des toits à contempler la lune.

Je ne suis pas une kunoichi à côtoyer, cela peut être dangereux pour toi comme pour moi., suite à cette phrase, tu avalas d'un cul sec la tasse de thé brûlante. Dans ton œsophage, ça brûlait. Ça brûlait aussi intensément que ton crâne... Cette foutue connasse avait sans doute mis de l'alcool dans le thé ! Encore une fois...
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Sa réaction a beau avoir été fugace, elle ne m’a pas échappée pour autant. J’ai bien vu ce sursaut ainsi que cette hyperventilation momentanée. Il s’est passé quelque chose lors de ce contact. Ce bref échange aurait pu être anodin mais le fait est qu’il ne l’a pas été. Je ne saurais dire en quoi cet effleurement a été singulier mais je compte bien l’apprendre. Mon regard se veut interrogateur, je pose tacitement la question « Que vient-il de se passer ? » à la jeune femme pourtant mon interlocutrice fait comme si de rien était. Kagura enchaîne les mots puis les palabres, noyant le poisson dans un thé vert à la pêche qu’elle s’empresse de porter à ses lèvres et de boire d’une seule traite. Au préalable, et après avoir mentionné ses ambitions, la jeune femme me met en garde. La fréquenter n’est ni dans mon intérêt, ni dans le sien. Selon elle, cela pourrait même s’avérer dangereux. Un sourire en coin se peint sur mes lèvres alors que la boisson chaude affecte cette kunoichi qui devient peu à peu l’objet de mes désirs les plus vils.

▬ C’est vrai.
Côtoyer la Nakasendo peut effectivement s’avérer dangereux. L’escorter m’a valu une prémonition funeste ainsi qu’une blessure quasi mortelle. Au regard de ces informations, nombreux sont ceux qui se seraient empressés de fuir la jeune femme. Toutefois je ne suis pas de ces gens là. De la même façon, me fréquenter ne comprend pas que des avantages. J’ai été mercenaire dans une autre vie. Mon passé me rattrape par moment et ces démons influencent de façon négative mon avenir. En tant que voyante, Kagura l’a probablement compris mieux que quiconque. Cependant, même en sachant cela, je ne l’imagine pas me fuir. Je ne pense pas que ce soit son genre. Et ce pour une raison toute simple que je lui murmure à l’oreille :
▬ Mais n’est-ce pas en abandonnant la retenue que l’on atteint l’exquis du zénith ?
Mes mots font écho là à sa propre tirade énoncée plus tôt. Comme pour souligner le parallèle entre son propos et le mien, je m’écarte de la jeune femme, me saisis à mon tour de la tasse et la bois d’une traite avant de la reposer sur la table.

La voyante des brumes souhaite changer le monde ? Soit. Ce que cette ambition n’indique pas en revanche, c’est de quelle façon elle souhaite s’y prendre et que désire-t-elle changer au juste. En ce qui me concerne, et comme beaucoup ici bas, j’aspire à influencer ou à prendre des décisions de sorte à ce qu’elles aillent dans mon sens. Pour ce faire, moi non plus je ne reste pas les bras ballants. J’ai cependant compris quelque chose il y a peu ; une leçon que je partage aujourd’hui avec la farouche guerrière que je tutoie désormais.
▬ Bras croisés ou non. Ce n’est pas seule que tu arriveras à tes fins.
C’est après cette déclaration que je sors quelques pièces de ma poche et les fais tomber sur la table. Il y a normalement bien assez pour payer les consommations de la jeune femme ainsi que les miennes. Ceci-fait, je me lève.
▬ Je vais y aller. Tu viens ?
Je ne tends pas la main à Kagura. J’ai bien compris que, malgré les apparences, elle n’est pas de celles qui ont besoin d’aide pour se relever. Par ailleurs, rien ne m’indique que la jeune femme réponde positivement à ma question même si c'est ce que j'espère intimement.
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Nakasendō Kagura
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Le goût stimulant du thé était vraiment bon. Tu souriais aimablement et, ce trait courbé, donnait d'ailleurs l'impression de décalage avec les précédentes phrases qu'avait prononcé Shinichi. Il y avait sans doute un semblant de schizophrénie sur le moment. Il ne venait plus à l'esprit des gens de cette taverne que tu jouais un rôle - qui certes plaisait - mais qui te collais à la peau avec autant d'adhésion que de la glue perpétuelle. L'alcool. Et voilà que ce masque de démence se brisera à l'aube, lorsque ton bras pendulant demeurera inutilisable dû à la circulation de ton hémoglobine qui sera restée une douzaine d'heure à la verticale et que ton corps lotionnera le sol. Tu aimais cette dose de piquant qui se mélangeait à ton sang, un moyen de t'évader de cette bassesse qu'était le monde. Et puis, tout ça, ça calmaient les voix dans tes méninges. Arraché par un soupir, ce genre de souffle résigné mais auquel ton instigateur n'accorda qu'une minime importance, tu déposas tes mains d'une façon à ce que ton menton vienne s'y trôner.  

J'aime pas tes phrases. Beurk. Et ça me donne envie de chialer. Tu sais... lorsque tu t'accordes à la corde, malgré tout le poids qu'elle emporte avec elle, il est parfois mieux de lâcher prise plutôt que de te pourrir les mains à espérer qu'elles se forgeront malgré tous tes efforts. C'est là, que tu te rends compte que la vie est un jeu. Et les faibles de ce jeu disparaissent en un laps de temps., ton vocabulaire avait totalement changé de bord, de la même façon que tes pupilles s'étaient écartées d'un petit centimètre.

Tu redécouvrais l'hypocrisie du grand monde avec une curieuse aptitude, frôlant le naturel, ce qui te donnais plus de consistance. C'était cet air guindé qui te donnais une impression intérieure d'étrangeté. Ce n'était pas dans tes habitudes de te maîtriser lorsque le flux spiritueux - qu'est l'alcool - cheminait dans ton corps. Les codes de bienséance effacés, te voilà au naturel, avec toutes les vérités que tu cachais dans ton cerveau. Parfois, ça date de cinq ans.

J'y arriverais, seule. Alors ouais, ça va être compliqué. Et puis ces paroles qui chantonnent dans ma tête en permanence vont m'compliquer la tête, j'le sais. Mais, y'a moyen. La lune éclaire seule la Terre, j'te rappelle m'sieur l'chef., s'il s'était intéressé à toi au début de la conversation, là, tu avais perdu sûrement des chances de conquérir son cœur. Et puis finalement, tu t'en foutais éperdument.

Tu ne pris même pas la peine de regarder le ninja, feignant d'être obnubilée par les sucres que t'ajoutais à la plus imbuvable infusion. Sauf qu'il n'y avait plus rien dedans et que seuls les échos, qui se fracassaient dans la tasse en porcelaine, avaient répondu présents. Tu changeras le Monde, quoi qu'il en coûtera. Rien, ni personne ne pourra stopper ta folle lancée. La frénésie du moment. L'intime conviction que toi, et uniquement toi, goûtera à ce changement, ce traité de paix entre tes lèvres. Ce sera toi qui contemplera un paysage sans crainte, sans aucune pensée assez dérangeante qui te laissera croire qu'une offensive se prépare dans les horizons les plus éteints. La Paix dans le Monde, voilà à quoi tu aspirais. Mais il était impossible de prononcer tes idéologies à un inquisiteur aussi fouineur qu'était Shinichi. D'ailleurs, celui-ci te demanda poliment de le suivre car, visiblement, il n'y avait plus rien à faire dans cette taverne à l'odeur de charogne. À ce moment précis, tu hésitais longuement. La dernière fois qu'un homme s'était joint à cette table pour se mêler de ta vie, il avait brusquement eu une envie perverse de mêler cette fois-ci son corps au tien. Mais t'acceptas. Parce que l'exaltation du moment. Parce que de toute manière, tu n'as désormais plus rien à perdre.
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Ses mots ne font pas sens. Certes Kagura fait des phrases et celles-ci s’enchaînent mais le tout ne forme qu’un amas de pensées difformes et non explicites. Le discours, le comportement, la gestuelle ainsi que le vocabulaire de la voyante ont changé du tout au tout en quelques instants. La jeune femme est visiblement sous l’emprise de substance. Son halène empeste l’alcool et ses pupilles sont dilatées à tel point que seule une prise récente de drogue peut justifier ce caractère phénotypique anormale.
La Nakasendo se lève et me suit. Nous quittons cet endroit sous les regards indiscrets des clients. Certains sourient naïvement, d’autres font la moue. Il fait froid dehors. Nous marchons – elle titube – l’un à côté de l’autre sans un mot, sans un regard. Bien qu’il fasse nuit, le centre de Kiri est animé. Les rues sont éclairées par les commerces et permettent de discerner des formes dans cette brume opaque. Des enfants, accompagnés de leurs parents, jouent et quémandent quelques pièces à ces derniers afin d’acheter sucreries ou jouets quelconques.

▬ J’y pense un peu tard. Mais je ne t’ai jamais remercié pour ce que tu as fait là-bas, l’utilisation de ton talent quel qu’il soit.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le fait qu’elle ait prédit ma mort a sauvé ma peau. Son don  est peut-être d’origine divine toutefois il n’est pas absolu. Rien ne l’est en ce bas monde. Tout est sujet à questionnement, à surprise. On ne sait jamais à quoi s’en tenir. Nous marchons quelques minutes quand la pluie se met à tomber. En quelques secondes la météo change du tout au tout. Comme souvent à Kiri, le temps fait des siennes et il pleut des cordes. Les commerces ambulants se pressent donc de rentrer chez eux. Un homme, un vendeur de friandises rose bonbon, pousse son chariot avec hargne dans le but de rentrer chez lui et, ainsi, de ne pas voir sa marchandise détruite par les intempéries. Le sol mouillé le fait cependant glisser. Sa charrette tombe à la renverse, de même que ces nombreux et imposants sacs de sucre coloré. Si personne n’est blessé, tout le monde à cinq mètres à la ronde a été touché par les projections de sucre qui forment depuis peu un nuage. Tout le monde a été touché, nous compris.

Je lève les yeux au ciel et tends la dextre droite. L’eau se mêle au sucre et colle à la peau. Mes yeux se posent alors sur Kagura dont les joues et les lèvres ont été rosées par les particules de sucres. Les pupilles de la jeune femme sont toujours dilatées mais je soupçonne que ce ne soit plus tant du fait de l’alcool que du fait de la tension palpable entre nous deux. Je m’approche lentement, passe ma main gauche autour de sa taille. De la droite, j’écarte une mèche mouillée de la jeune femme, passe le poil près de son oreille tout en effleurant son cou et mes lèvres viennent alors se poser sur celles de la voyante.
L’échange dure plusieurs secondes. Autour de nous les gens s’affairent, rentrent chez eux, rangent leur gagne-pain ou ferment boutique. Quand enfin nous reprenons nos esprits, nous décidons d’un commun accord et tacitement de nous abriter. À quelques mètres de là se trouve une pension où les voyageurs peuvent trouver refuge pour la nuit. Nous sommes du coin mais ni elle ni moi ne comptons rentrer tranquillement dans nos domiciles respectifs ce soir.
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Nakasendō Kagura
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Le centre du village caché était effectivement bien animé, comme toujours, ses habitants avaient le don d'embrasser la nuit avec comme seule réponse à la question : que c'était calme et lumineux. Souvent, dans ces virées nocturnes, on y trouvait des âmes d'enfants, parfois perdues, mais qui retrouvaient leur chemin de leur plein gré. On dit que seuls les occupants de ce village peuvent retrouver leurs pas malgré cette espèce de vapeur épaisse qui trône sur les pavés et c'est plutôt vrai. À peine vous marchiez jusqu'à une rue étroite et éteinte de toute luminosité, que des perles du ciel tombaient à vives allures. Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour que les marchands de nuit éclipsèrent leurs fourgons pour s'abriter de cette pluie devenue dangereuse. Les boulevards étaient désormais vides, déserts, il n'y avait pas un seul rat, la seule chose que l'on entendait, c'était une charrette qui s'était donnée à la gravité en emportant avec elle ses nombreuses sucreries. Les multiples excuses du propriétaire n'étaient qu'un murmure et tu voulais l'excuser de ta petite voix passagère néanmoins tu ne lui donnais qu'un seul demi-sourire en guise de pardon.

D'un instant à l'autre, tu te faisais surprendre par le touché divin de Shinichi, brisant alors le sourire, considérant son geste comme mal-placé. En décalant ta mèche, ses lèvres bassinées frôlèrent, touchèrent les tiennes. Cet échange brusque, rapide mais immortel avait calmé les mœurs et apaisé ton cœur. Il n'avait pas manqué sa cible celui-là. Cela te rappelais parfois l'époque où ça t'arrivais de manquer la tienne. Être armée ne révélait pas d'un petit caprice ou un manque de confiance en soi, ou même la crainte d'être agressée, même si t'avais dû à maintes reprises jouer de ta dague pour te dégager d'un traquenard à la sortie de la taverne. Tu considérais ce poignard comme un premier jalon sur la voie que tu avais décidé de suivre et que tu définissais d'une simple maxime : ne jamais, ô grand jamais, dépendre de personne, et même pas de Shinichi ! Ce poignard, caché en parfaite harmonie dans ta botte, tu ne le sortais pas. Tu... acceptais cet échange en pensant... Non ! Il était hors de question de te mélanger à un homme, à une amitié, à un amour. Lorsque tes pensées s'égaraient vers la fin de ce baiser, tu ajoutais volontiers : ne jamais, ô grand jamais, laisser personne dépendre de toi. Tu avais cru en l'espace d'un moment qu'il avait lu en toi.

C'est comme ça que tu te fais pardonner ?, disais-tu en soulevant un sourcil, le piquant en plein cœur pour lui faire avouer qu'il n'était sûrement qu'un don juan.

En vous abritant, une musique traditionnelle se mit à retentir dans la cour. C'était le signe du commencement de la Ronde au Village. Au moins une fois par semaine, à cet endroit précis, des musiciens jouaient de leurs instruments pour dresser une piste de danse au milieu de la rue, mélangeant enfant, femme, homme. Il suffisait de trouver un partenaire pour une danse d'une minute, s'ordonner pour valser avec au rythme de la musique et enfin, d'échanger avec un autre partenaire, tout ceci pendant une dizaine de minute. Tu avais entendu ces rumeurs par Okuni-chan et pourtant tu avais jamais mis les pieds ici. Peut-être que cette évasion est bien plus attractive que celle de la taverne ? Un sourire se crayonna sur ton visage alors que l'eau de tes cheveux tomba à petites pellicules sur ton nez.

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